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Châteauneuf

1953 - 2003 : l'agriculture à Châteauneuf

Quelle évolution en 50 ans ! Un changement considérable aussi bien dans le nombre d’agriculteurs, la surface de chaque exploitation et bien sûr dans les cultures et le travail de la terre.

Nous avons recensé 61 exploitations en 1953. Elles n’étaient plus que 13 en 1983. Elles ne sont plus que 7 aujourd’hui. Si cette évolution est classique tant au niveau national qu’au niveau local, il faut souligner que ce dernier chiffre est exceptionnel par rapport aux communes proches de caractéristiques similaires. Ces 7 exploitations sont de taille professionnelle, l’âge moyen de leur responsable est d’une trentaine d’années. En 1953, il faut y ajouter au moins une dizaine d’artisans ou d’ouvriers qui élevaient 2 ou 3 têtes de bétail et cultivaient quelques parcelles.

Les années 60 et 70 marquent la fin d’exploitation pour les plus âgés et pour de nombreux autres, la pratique de la double activité. Dès la fin des années 50, l’embauche dans les industries voisines : cartonneries de la Rochette, forges d’Arvillard, usines de La Pouille, d’Ugine ou de Chambéry devient une pratique courante pour beaucoup de jeunes qui n’auraient pas pu envisager de reprendre à temps plein la ferme familiale. Ils sont environ une quinzaine dans la commune durant une trentaine d’années à poursuivre cette double activité.

Il n’était pas rare il y a cinquante ans de voir des fermes de quelques hectares permettant à leurs propriétaires de survivre à peine. Les plus anciens se souviennent de Jean Battard à Granier, Aimé Girod aux Poncins, Fred Martin à Maltaverne ou Joseph Martin au Villaret. La superficie moyenne devait se situer aux alentours de 5 hectares pratiquement en totalité sur le territoire de la commune (sauf parfois quelques parcelles de blaches ou de forêts sur des communes voisines. Les superficies des fermes actuelles s’élèvent à plusieurs dizaines d’hectares, certaines dépassent largement 100 hectares ; L’emprise des friches est très faible, chaque exploitation cultive des parcelles sur plusieurs communes, certaines parfois éloignées.

Le changement le plus notable concerne sans doute les cultures et le passage d’une polyculture basée sur le tabac et l’élevage laitier à une activité unique d’élevage de bovins, lait ou viande ou arboriculture. Les années 50 comme les dizaines d’années précédentes sont marquées par la culture du tabac. Les 60 agriculteurs des années 50 en cultivaient tous, les deux derniers producteurs (Antoine Veillet et François-Joseph Richard ont cessé il y a 2 ou 3 ans). Cette culture sous contrat avec la SEITA (Société nationale à monopole) permettait, sur une petite surface avec une main d’œuvre familiale, d’obtenir un revenu stable et conséquent. C’est ce revenu annuel qui a permis à cette époque, le développement du confort dans les habitations. Les tâches harassantes de la plantation, du binage, de la cueillette et de la mise en séchage qui occupaient les mois d’été n’étaient elles pas oubliées certains soirs d’hiver lorsque les paysans rentraient du bureau de vente de Montmélian avec une belle somme d’argent et qu’ils allaient trinquer autour d’un verre au café des Demoiselles Faisan ? Sans doute, une étude sur cette culture qui a marqué notre commune serait intéressante à réaliser !

Toutes les exploitations possédaient au minimum quelques vaches. La collecte et le travail du lait avaient engendré la création de la coopérative laitière (vous pouvez consulter l’article dans le Bulletin Municipal de janvier 1998). Il n’est pas étonnant de constater que ces deux productions, tabac et lait, avaient une commercialisation certaine. Aussi, chaque ferme pouvait avoir un revenu assuré par ce débouché organisé soit par l’Etat soit par leur initiative de coopération réaliste et efficace.

A côté de ces deux activités majeures, chaque exploitation cultivait pour sa consommation personnelle (la survivance de l’autosuffisance des siècles passés) et pour la vente d’autres productions. La pomme de terre, les céréales et la vigne étaient systématiquement cultivées. Elles assuraient la nourriture des familles à côté des produits de l’élevage, du jardin, des volailles et du porc et complétaient les revenus par une vente facile compte tenu de leur qualité. Le vin, les pommes de terre étaient vendus à des particuliers ou à des grossistes. Le blé, après un passage au moulin, continuait en partie, sous forme de farine, chez le boulanger pour être rendu en pain, une autre partie était rachetée par le meunier de la commune, Eugène Fusier. On se souvient aussi que toutes les parcelles étaient bordées de treilles, que la vigne occupait totalement les pentes de Granier, des Mollies et Pattaz par exemple.

Un autre aspect majeur du changement porte sur les pratiques agricoles. Toutes les fermes possédaient un mulet, un cheval ou une paire de bœufs pour effectuer tous les travaux lourds : labour, préparation du sol, fenaison, moisson etc.…. Les dernières paires de bœufs disparaissaient au profit du cheval, plus pratique. Les années 50 marquent l’apparition du tracteur dont la généralisation est totale à la fin de la décennie. Les plus anciens ont en tête l’apparition de la première moissonneuse batteuse de la famille Simonnet, des premiers tracteurs américains Fergusson ou Mac Cormick (plan Marshal oblige !) avant que Renault ne développe une gamme complète. Toutefois, le travail manuel pour la plantation (tabac, pomme de terre), le désherbage, le binage des cultures, la fenaison est encore largement répandu. Il faudra attendre la décennie suivante pour la généralisation des machines à planter, travailler le sol, récolter etc.… Par contre, l’utilisation des engrais, des semences est de plus en plus fréquente, achetée et distribuée par le syndicat agricole. En 2003, le travail de l’agriculteur consiste essentiellement à conduire ses outils ou machines à traire, à travailler le sol, à faucher, à épandre l’engrais ou les produits de traitement etc.… évitant l’effort physique harassant des décennies et des siècles précédents.

Il est banal de dire que l’on est passé d’une agriculture d’autosuffisance à une agriculture totalement commerciale. Agriculture dont le productivisme forcené a été organisé par l’Etat, la politique européenne et les organismes bancaires et a pu conduire à des dérives préjudiciables. Est-on passé d’un extrême à l’autre ? Il n’est pas étonnant qu’à l’aube du troisième millénaire, on parle de plus en plus de pratiques agricultures raisonnées, inscrite dans le développement durable.

Ces quelques lignes tracent à grands traits une évolution. Pourront-elles encourager des lecteurs à rechercher des témoignages concrets sur le passé, à entreprendre des recherches ou des études ? Pourront-elles encourager les habitants les plus nouveaux à découvrir les sept exploitations agricoles existantes sur la commune ?

PETITE HISTOIRE……. DE GAYOTS

Ce texte est tiré de l’étude « Entre Isère et Gelon – CHATEAUNEUF » parue en juin 1989 par Gaston FAISAN.

Il faut vous dire que pour les habitants de Châteauneuf, les Gayots sont les Saint-Pierrains tandis que pour ceux-ci, ce sont ceux de Châteauneuf, les Gayots (1)

Il arrivait que le gars de Châteauneuf aperçoive entre Gelon et Isère, là ou les deux cours d’eau sont très proches, un gars de Saint Pierre.

  • Alors, tu viens voir ta blâche ? Comment çà va Gayot ?

  • Çà va, çà va mais le Gayot c’est toi, tu le sais bien.

  • Mais non, c’est toi, quand on vous entend avec votre parler gayot, on ne peut se tromper, vous dites : me avec un air pincé au lieu de dire mâ comme tout bon savoyard lorsque vous voulez dire moi. Vous dites : adduuur avec votre accent inimitable en allongeant le mot à n’en pas finir pour dire tout simplement : apporter et vous en avez bien d’autres mots baroques, des mots gayots, quoi !

  • N’empêche que c’est vous les gayots, ils le disent tous à Saint Pierre.

  • Mais à Châteauneuf, ils n’en démordent pas : c’est vous les gayots.

  • Eh bien à Saint-Pierre, ils savent que les gayots, ce sont les habitants de la rive gauche de l’Isère, gauche et gayot, çà commence pareil, tu ne peux pas dire le contraire. Le gars de Châteauneuf est accablé par un si puissant argument, si imprévu, si irréfutable, sa certitude est ébranlée. Serait-il possible qu’il soit lui, le gayot ? L’aurait-on trompé à ce point ? Comment peut-on être gayot ? Est-ce une fatalité, une tâche originelle qui vous marque jusqu’à la tombe, irrémédiablement ! Des scènes de ce genre se déroulaient assez souvent et se terminaient généralement de la même façon. Le gars de Saint-Pierre, fier d’avoir triomphé en apportant une si puissante preuve, se voulait généreux et concluait, bon prince : en réalité, nous sommes tous des gayots, nous gayots « decé » (de ce côté-ci), vous gayots « delé » (de l’autre côté). Chacun s’en retournait vers son village, celui de Châteauneuf tout songeur, se disant : après tout, ce n’est pas si grave si nous sommes tous gayots, regrettant pourtant que ce ne soit pas seulement ceux d’en face. Quant au Saint-Pierrain, il s’en allait allègrement, satisfait d’avoir triomphé avec une telle magnanimité !

(1) Dans le patois des Alpes du Sud, on trouve le mot « Gayot » avec le sens de paysan montagnard. Ce mot aurait peut être apporté par les bateliers navigant sur l’Isère et, déformé en « Gayot ». On trouve aussi dans le parler gitan, le mot « gadjo » avec le sens de paysan.

Extrait du Bulletin municipal de janvier 2004

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